La fête se réduit-elle à ses substances ?

Il serait trop simple de réduire les nuits à leurs substances, comme si l’expérience se résumait à ce qui circule dans les corps. Une telle réduction ne permettrait pas de comprendre ce qui se joue dans la musique, la danse, la foule, les attentes, les gestes, les relations et les significations qui entourent la fête.

Mais l’inverse serait tout aussi insuffisant. Il ne suffit pas de dire que la substance n’est pas tout pour conclure qu’elle n’est pas déterminante. Les effets pharmacologiques existent, et ils peuvent modifier profondément les perceptions, les émotions, les comportements et les possibilités d’expérience.

Transcendance profane.
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Choisir entre une explication chimique et une explication symbolique manquerait le problème. Ce qui importe, c’est de comprendre comment les effets d’une substance et le cadre dans lequel elle est consommée se rencontrent.

Du bhang à l’ayahuasca, en passant par l’iboga, les substances psychotropes ont été intégrées à des pratiques rituelles dans différentes sociétés. Mais toutes les consommations ne se ressemblent pas, et une substance ne devient pas spirituelle du seul fait d’être ritualisée. Ses effets sont plutôt investis de significations différentes selon les contextes dans lesquels ils sont vécus.

Une même substance peut être consommée dans un cadre médical, récréatif, rituel, festif ou personnel. Les effets peuvent varier selon les personnes, les doses, les attentes, les relations et les circonstances. Le contexte ne remplace donc pas la substance ; il contribue à orienter ce que l’expérience peut devenir. Une même prise peut ainsi participer à des expériences très différentes : elle peut ouvrir un espace de rencontre, d’attention ou de transformation, mais aussi s’inscrire dans une mécanique de consommation qui se répète sans produire de déplacement.

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Le problème se resserre ici. Une expérience ne se réduit pas à ce qui la produit, et elle ne se pense pas non plus indépendamment de ce qui la produit. Le pharmacologique et le symbolique ne sont pas deux explications concurrentes : ils participent ensemble à la constitution de l’expérience.

Il faut aussi se méfier d’une autre opposition : celle qui consisterait à distinguer les expériences « authentiques » des expériences « artificielles ». Une expérience peut être intense sans être spirituelle, mais elle peut aussi être spirituellement significative sans être particulièrement intense. La ritualisation ne garantit pas davantage une transformation.

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On peut aller à la messe par réflexe, jeûner par pression familiale, allumer les bougies du soir sans intention. Le religieux aussi connaît ses extases creuses. La superficialité n’a ni religion ni territoire réservé.

Le vrai discernement ne se situe donc pas entre le sacré et le profane, ni entre le naturel et l’artificiel mais entre le vivant et le mécanique.

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