Danserie de Strasbourg et Metz ou la peste de la danse

J’explore la quête de transcendance au sein des milieux techno. 
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Durant l’été 1518, Strasbourg, en Alsace, et Metz en Moselle furent témoins d’un événement insolite et mystérieux.

D'autres cas furent répertoriés à travers toute l'Allemagne.

Des centaines de personnes, prises d’une étrange et incontrôlable compulsion de danser, se sont lancées dans une chorégraphie qui a duré des semaines.

Ce phénomène, connu sous le nom de « Danse de Saint-Guy« , a déconcerté les historiens et les médecins de l’époque, laissant derrière lui des questions sans réponses.

L’épidémie de Danse

Pendant des semaines, les habitants de Strasbourg se sont retrouvés pris dans une danse frénétique, sans relâche.

Jour et nuit, ils dansaient sans s’arrêter, certains succombant à des crises cardiaques, des accidents vasculaires cérébraux ou à l’épuisement.

Les autorités locales, perplexes, ont tenté de canaliser cette énergie en organisant des espaces publics pour que les danseurs puissent continuer leur frénésie, dans l’espoir que cela les guérirait.

Cependant, aujourd’hui encore, les raisons exactes derrière cette épidémie restent floues.

Une étrange maladie en ce temps
A envahi le peuple
Beaucoup de gens, par folie
Se sont mis à danser
Tout le jour et la nuit
Sans repos
Jusqu’à en tomber évanouis
Plusieurs en sont morts.

Auguste Stoeber, 1848

La Chorée de Saint-Guy : un mystère médical

La « Danse de Saint-Guy », ou chorée de Saint-Guy, est désormais associée à une maladie infectieuse du système nerveux central.

Elle apparaît après une infection à streptocoques bêta-hémolytique du groupe A et se caractérise par des mouvements involontaires et des contractions musculaires.

On parle également de « mouvements choréiques » ou encore chorée de Sydenham des mouvements anormaux provoqués par des contractions musculaires involontaires.

Cette maladie, bien que partiellement comprise aujourd’hui, était à l’époque source de terreur et de confusion.

Les Origines de la « Danse de Saint-Guy »

L’appellation « Danse de Saint-Guy » trouve ses racines dans des guérisons miraculeuses liées au culte de saint Guy.

Jacques Twinger de Koenigshoffen, 1402

Au IXe siècle, après le transfert des reliques de ce saint de Saint-Denis vers la Saxe, des guérisons ont été attribuées à sa bénédiction. Le culte de saint Guy s’est développé en tant que protecteur des épileptiques et des personnes atteintes de chorée.

La Persistance de l’Énigme

Certaines célèbrités, comme Andy Warhol, ont été touchées par ce phénomène énigmatique durant leur enfance.

Paracelsus de Georg Wilhelm Pabst, 1943 (Allemagne)

Un film sur la vie de Philippus Aureolus Theophrastus Bombastus von Hohenheim (1493), qui fut tour à tour un médecin, un alchimiste et astrologue suisse de la Renaissance…

Le film comporte une scène des danseries de Strasbourg et Metz qui n’a probablement pas du échapper au regard génialement aiguisé d’un certain <h3>Michael Jackson</h3>

Michael Jackson

Michael Jackson

Michael Jackson

Michael Jackson

Michael Jackson
Michael Jackson

L’incident du « Danserie de Strasbourg » demeure un témoignage intrigant du comportement humain en groupe et des mystères du corps humain.

Cette épidémie de danse compulsive continue de susciter des questions, offrant un aperçu captivant de l’histoire de la médecine et de la psychologie collective.

La « Danse de Saint-Guy » reste, à ce jour, l’un des mystères médicaux les plus fascinants de l’histoire de l’humanité.

La danse compulsive

Dans une société profondément religieuse, dominée par des rites et des croyances chrétiennes, la danse compulsive qui s’emparait des foules apparaissait comme une manifestation d’une euphorie, voire d’une forme de possession.

Les autorités, souvent démunies face à ce phénomène, voyaient dans ces épidémies un désordre spirituel.

Le lien avec Saint Guy, patron des épileptiques et des malades atteints de chorée 🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺🕺, en faisait un phénomène à la frontière entre la médecine et la spiritualité.

Libération par la souffrance

Ces foules étaient prises dans une transe collective incontrôlée. Certains dansaient jusqu’à la mort, victimes de crises cardiaques, d’épuisement ou d’accidents vasculaires.

défier la raison

La danse, ici, n’est plus seulement une expression festive ou rituelle, elle devient un moment d’élévation qui semble défier la raison.

Les récits décrivent un mélange d’euphorie et de souffrance qui rappelle les états de transe recherchés dans certaines pratiques spirituelles.

Et ceux qui dansaient furent considérés comme fous par ceux qui ne pouvaient entendre la musique.

Friedrich Nietzsche

C’est quoi la peste de la danse ?

La peste dansante est un autre nom qu’on donna à l’épidémie qui frappa Strasbourg et Metz en juillet 1518. À cet époque François Ier est roi de France depuis 1515. Son règne marque une nouvelle ère pour la monarchie française, marquée par une centralisation accrue du pouvoir royal. La majorité de la population française est composée de paysans, vivant dans des conditions souvent très précaires. L’agriculture est la principale source de subsistance, mais elle est sujette aux aléas climatiques, aux guerres et aux épidémies, qui peuvent provoquer des périodes de disette ou de famine.

Une carte du Saint Empire Romain Germanique

Les épidémies, comme la peste, restent une menace omniprésente à cette époque, tout comme d’autres maladies comme le typhus. Les populations vivent dans une grande insécurité sanitaire, et les superstitions sont encore très présentes dans la vie quotidienne, mêlées à une religiosité intense.

La France est encore largement catholique, mais des idées réformistes commencent à apparaître, notamment avec la diffusion des thèses de Martin Luther, qui contestent certains aspects de l’Église catholique.

Ces contextes de stress extrême ont favoriser l’apparition de « phénomènes collectifs d’hystérie ».

La danse, devenait ici un exutoire désordonné.

À Strasbourg, les autorités locales ont tenté de canaliser ce besoin d’exutoire en organisant des espaces publics pour permettre aux danseurs de continuer leur frénésie.

Cette tentative de contrôle social par la musique, bien qu’infructueuse à long terme, reflète une idée importante : la danse, même dans ses formes les plus incontrôlées, est vue comme un moyen de libérer des tensions internes, d’accéder à une forme de transe et, d’une certaine manière, de retrouver une harmonie entre le corps et l’esprit.

La Danse de Saint-Guy communicative

Religieux vs Profane, opposition factice

Les distinctions entre religieux et profane ont souvent été des instruments de domination. Les institutions religieuses dominantes ont cherché à contrôler les formes d’expression de la transcendance, qualifiant certaines d’hérétiques, de païennes ou de profanes afin de renforcer leur propre autorité.

Par exemple, les danses populaires ou les rituels communautaires païens ont fréquemment été réprimés ou marginalisés par les autorités religieuses parce qu’ils représentaient une forme de spiritualité non contrôlée, échappant à la doctrine officielle.

Ainsi, la Danse de Saint-Guy a été perçue comme une anomalie par les autorités religieuses de l’époque, une sorte de désordre social ou spirituel.

Pourtant, elle peut être interprétée comme une manifestation d’un même besoin humain de libération et de communion collective. Le fait que cette danse (chorée – graphie) ait été qualifiée de maladie ou de comportement déviant montre bien comment la distinction entre sacré et profane a été utilisée pour disqualifier ce qui ne rentrait pas dans le cadre institutionnel.

Aujourd’hui, les festivals et les raves sont souvent regardés avec suspicion par certains secteurs de la société pour des raisons similaires : parce qu’ils échappent à des formes de contrôle et de légitimation traditionnelles.

“Il est très facile de se perdre dans le monde profane ou d’oublier notre connexion à l’esprit. Et pourtant, sans ce lien, nous ne sommes que des morts vivants.”

Proverbe béninois

Une continuité…

Il n’est pas pertinent d’opposer religieux et profane, car ces catégories sont des constructions sociales qui reflètent davantage les rapports de pouvoir entre groupes que des distinctions réelles dans la nature des expériences vécues.

Ce qui compte, c’est l’expérience de la communion et de la transcendance, peu importe que celle-ci ait lieu dans une église, un temple, une rave ou un festival. Ce sont les mêmes mécanismes psychologiques, sensoriels et spirituels qui sont à l’œuvre.

L’extase collective que l’on trouve aujourd’hui dans les festivals n’est donc pas un phénomène nouveau. Elle s’inscrit dans une longue tradition humaine de quête de transcendance, qui, à travers la danse, la musique et le corps, permet de repousser les frontières entre le visible et l’invisible, le physique et le spirituel.

L’objectif est souvent le même : échapper à la réalité quotidienne, se défaire de l’ego et atteindre une forme de communion collective où l’individu se dissout dans la masse.